Guide restos 2018: Vive le blé d'Inde libre!

Guide restos 2018: Vive le blé d’Inde libre!

Le blé d’Inde, est-ce un aliment emblématique du Québec? En tout cas, il fait partie de notre imaginaire, de nos coutumes, de nos rites saisonniers aussi. L’épluchette de blé d’Inde est pour nous un rituel où chacun se reconnaît, une occasion de voir la famille et les amis pour célébrer. Bref, au Québec, le blé d’Inde nous rassemble dans un esprit de communauté.

Ce qui est intéressant, c’est que ces mots que nous employons pour nommer cet aliment rassembleur, nous les devons aux Européens. On raconte que ceux qui sont débarqués ici se croyaient aux Indes. C’est une erreur de taille dont nous avons hérité. Non, dans les champs qu’ils ont découverts, ce n’était pas du blé qui poussait et ils n’étaient pas où ils croyaient être, ils étaient sur un territoire qui leur était inconnu. Nous avons gardé le nom, en héritage, blé d’Inde.

Intéressant, donc, car on se rend compte qu’en matière de goût, d’agriculture, d’aliments, ce sont les Européens qui nous ont nommés, par ignorance. Bref, les mots pour nous raconter venaient d’outre-mer et ils étaient erronés. C’est pourtant ainsi que nous pouvions nous identifier, à travers le regard des autres qui sont retournés depuis dans les vieux pays.

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Illustration : Éric Godin

On raconte aussi que c’est en 1967, lors de l’Exposition universelle à Montréal, que le Québec s’est enfin ouvert sur le monde. Vous tenez entre vos mains le Guide restos Voir 2018, mais au moment de le rédiger, au cours de l’année 2017, nous ne comptions plus les références à cette grande fête cinquantenaire que fut l’Expo 67. Ce serait à ce moment, pense-t-on, que le Québec aurait découvert les goûts du monde, pour se les approprier et s’en inspirer.

La même année, le général de Gaulle est venu nous visiter, lançant les mots qui ont marqué notre histoire: «Vive le Québec libre!» En se fermant les yeux, rétrospectivement, on pourrait s’imaginer qu’il disait aussi: «Vive le blé d’Inde libre!»… Nous allions bientôt devenir indépendants dans nos cuisines.

Car oui, l’identité, ça se goûte. Ça a une odeur, une fragrance, des saveurs. Il nous a fallu du temps pour en prendre conscience, mais le Québec a une langue, il a un territoire, des paysages… et il a aussi un goût!

Les interprètes de ce goût, ce sont les artisans de la restauration, les chefs cuisiniers, ceux qui tous les jours visitent les marchés, les cultivateurs et les paysans, afin de créer des œuvres d’art culinaire. Ces artistes des saveurs, comme les musiciens ou les poètes, par leur travail, nous racontent, ils disent qui nous sommes.

Aujourd’hui, grâce à leur travail, nous pouvons dire sans aucun doute qu’il existe une gastronomie québécoise. Riche de toutes ses inspirations et forte de son terroir qui commence à émerger. Ce Guide restos Voir 2018, en ce sens, c’est beaucoup plus qu’un livre pratique. C’est un guide de voyage qui permet de se retrouver, de faire le point sur la route de notre grande aventure culinaire.

C’est aussi un coup de chapeau à tous ces artisans des cuisines qui, tous les jours, racontent avec des saveurs qui nous sommes. Grâce à eux, on peut le dire, le Québec peut désormais hisser le drapeau de son indépendance gustative.

Un coup de chapeau!

Justement, en parlant de chapeau, vous constaterez dans cet ouvrage que nous avons abandonné les étoiles pour «noter» les restaurants. Il faut avouer qu’elles nous embarrassaient un peu, ces fameuses étoiles.

Pour dire vrai, elles ne signifiaient plus grand-chose. De nos jours, chacun peut mettre des étoiles à un commerce, que ce soit sur Facebook, sur Google ou sur tel ou tel site où on répertorie les restaurants. À force de trop les utiliser à toutes les sauces, elles sont devenues insignifiantes. Alors, comment se distinguer dans ce vaste monde du pareil au même? Car, non, une étoile Michelin, ce n’est pas une étoile Facebook, mais c’est quand même une étoile.

Comment alors affirmer notre différence? Comment classer tous ces restos afin que le lecteur puisse s’y retrouver? Pas si simple!

Et pourquoi ne pas utiliser des… chapeaux? Voilà! Chaque restaurant classé dans notre guide se voit désormais coiffé d’un chapeau qui vous permet de vous y retrouver. Gageons que cette nouvelle manière de marquer notre appréciation ne sera pas facile à imiter!

Chapeau, donc, à tous nos restaurateurs qui racontent, avec des saveurs, qui nous sommes. Et, aussi, crions-le avec bonheur: Vive le blé d’Inde libre!

Légende
Si le chapeau te fait…

Pendant plusieurs années, le Guide restos Voir a donné des cotes aux restaurants au moyen d’étoiles. Mais comme le web permet aujourd’hui à tout un chacun d’attribuer des étoiles à tout et à n’importe quoi, nous trouvions que les étoiles avaient pâli, qu’elles avaient perdu de leur pertinence. Cette année, nous avons troqué les étoiles pour des chapeaux. Comme dans l’expression «si le chapeau te fait, mets-le donc». Ainsi, chaque établissement visité par l’équipe du Guide s’est donc vu octroyé d’un chapeau – Couronne, Borsalino ou Casquette – illustrant l’expérience globale que les restaurants lui ont réservée.

Couronne


Couronne: Dans un restaurant Couronne, on s’attend à être reçus comme des rois et des reines. Signes distinctifs: les assiettes servent d’écrin à une cuisine de haute voltige; le décor est soigné, les couverts sont de grande qualité, la carte des vins est recherchée, et le service, professionnel. Bref, c’est la totale! Toqué!, Maison Boulud, L’Atelier Robuchon, Europea, le Laurie Raphaël et l’Initiale sont d’illustres représentants de cette catégorie.

Borsalino


Borsalino: Ce chapeau de feutre mythique, symbole de classe et de style, est attribué aux bistros classiques ou aux restaurants qui servent une cuisine de type bistronomique. L’Express, Chez Victoire et Ophélia, par exemple, sont des établissements Borsalino.

Casquette


Casquette: Établissement sans prétention qui offre une bouffe simple dans un décor sans flaflas. Le service y est amical, voire familier. Ce peut être le petit resto sympa qu’on a adopté comme cantine du midi, par exemple. Dans un resto Casquette, pas besoin de mettre de gants blancs!

Un chapeau entouré d’un cercle rouge signifie que les cuisines du resto sont dirigées par un chef créatif, c’est-à-dire un chef qui propose une vraie démarche artistique, qui se distingue par son style et par la création de plats signature, qui crée au gré des saisons et de son inspiration. Cette couleur permet par exemple de faire la distinction entre un restaurant bistronomique tenu par un chef qui innove (le Montréal Plaza, de Charles-Antoine Crête, par exemple) et un simple bistro qui s’en tient aux classiques.

Les prix indiqués représentent le prix moyen pour un repas du midi ou du soir, pour deux personnes, avant les boissons, les taxes et le pourboire.

La légende indique également si le restaurant offre le déjeuner ou le brunch, s’il dispose d’une terrasse, d’une salle privée, d’une carte des vins recherchée, ou s’il s’agit d’un «apportez votre vin». On y mentionne également si l’établissement accepte ou non les réservations.